| Titre : |
DES NOMS ET DES LIEUX : mémoires d'une Algérie oubliée : souvenirs d'enfance et de jeunesse |
| Type de document : |
texte imprimé |
| Auteurs : |
Lacheraf, Mostefa, Auteur |
| Mention d'édition : |
ed 02 |
| Editeur : |
casbah edition |
| Année de publication : |
2006 |
| Importance : |
349 p |
| Format : |
24 cm |
| ISBN/ISSN/EAN : |
978-9961-64-153-8 |
| Langues : |
Français (fre) |
| Index. décimale : |
965 Algérie |
| Résumé : |
Si Ahmed Medouas comme Si ElâAzzzouzi vivront deux miracles. Le premier est dâavoir Ă©chappĂ© Ă la mort lors dâune crue dâoued dĂ©vastatrice. Le deuxiĂšme est dâĂȘtre revenus de leur temps des annĂ©es vingt du vingtiĂšme siĂšcle, dans «Des noms et des lieux », certainement le livre, de plus grand investissement philosophique de Mostefa Lacheraf,  pourtant maĂźtre en la matiĂšre. Medouas remplace dans la ville de Sidi AĂŻssa, deux vieux enseignants de lâĂ©cole coranique configurĂ©s dans lâancienne pĂ©dagogie de la sanction physique, Il compte juste quelques annĂ©es de plus que ses Ă©lĂšves, et il ramĂšnera une mĂ©thode de lâattention bienveillante Ă lâendroit de ses Ă©lĂšves et de la stimulation par la communication et la curiositĂ©. La plus grande nouveautĂ© reste, cependant, sa soif de la lecture des revues, des livres, des opuscules, des fascicules, un peu anciens, dĂ©jĂ lus et remis en vente ou juste remisĂ©s. Lacheraf utilise lâexpression heureuse, la trouvaille de friperie du livre, pour caractĂ©riser le commerce de Si ElâAzzzouzi. Câest lui, prĂ©cisĂ©ment, qui les ramĂšne dâAlger et les vend le long de son parcours vers ces contrĂ©es aux portes du sud algĂ©rien. Mais comment pouvait-il vivre du colportage des livres usagĂ©s dans ces steppes, quel rapport financier lui permettait de payer les voyages, lâhĂ©bergement, quel poids du papier pouvait-il porter, quels lecteurs passionnĂ©s et avertis pouvaient lâattendre, quâen retirait-il comme moyen de subsistance et dâoĂč tenait-il ce mĂ©tier de libraire itinĂ©rant ? Il fallait bien quâil existe des lecteurs dans cette AlgĂ©rie colonisĂ©e, affaiblie par des dĂ©cennies de rĂ©sistance, saignĂ©e par la mort de ses tolbas morts au combat, de ses Ă©lites exilĂ©es. Il fallait surtout que dans notre pays et notre sociĂ©tĂ©, soient demeurĂ©s des intellectuels, des lettrĂ©s, des personnes vivant directement dâune fonction de savoir ou Ă sa proximitĂ© pour que perdure la lecture, la recherche du livre ? Et que cette vie intellectuelle soit liĂ©e Ă la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne elle-mĂȘme, dans ce quâelle a pu prĂ©server de ses structures, face au dĂ©sastre destructeur du colonialisme. Si cette demande de livres et revues en langue arabe permettait ce commerce dans ces zones rurales, quâen Ă©tait-il des villes, des grandes villes oĂč se sont maintenues les institutions culturelles, mĂ©dersas et zaouĂŻas et un corps important de savants et lettrĂ©s ?  Si ElâAzzzouzi survivait à peine de ce travail de dĂ©marchage de la culture. Le lecteur peut donc imaginer quâen compensation de cette vie de pauvretĂ©, il faillait quây soit liĂ©e une importante gratification, celle de la reconnaissance sociale. Medouas et Si ElâAzzzouzi, auxquels Lacheraf voue une tendresse manifeste, deviennent dans son Ă©criture des personnages au sens de la littĂ©rature, c'est-Ă -dire de reprĂ©sentants esthĂ©tiquement vĂ©ridiques  dâune Ă©poque et des catĂ©gories et groupes sociaux.  Si ElâAzzzouzi est lâartĂ©riole ou la veinule qui continue Ă amener du sang au cĆur de notre AlgĂ©rie profonde bien que le colonialisme nous ait dĂ©jĂ infligĂ© la grande blessure par laquelle sâest provoquĂ© lâhĂ©morragie de nos forces culturelles, scientifiques, sociales ou Ă©conomiques. Un cĆur bat encore dans ces steppes, tout entier peut-ĂȘtre restituĂ© dans cette confidence faite Ă Lacheraf par son pĂšre, magistrat des tribunaux de droit musulman que son grand-pĂšre est nĂ© sur les lieux dâune des batailles de lâinsurrection de 1971. Medouas devient une figure nouvelle qui apparaĂźt comme un bourgeon dâhiver, un type dâintellectuel nouveau mais inaccompli dans les conditions de ces annĂ©es dâentre les deux guerres mondiales, assoiffĂ© des nouvelles du monde et des ces nouveautĂ©s rapportĂ©es dans les revues. Tout se passe comme si, de nouveau, des endroits les plus isolĂ©s de leur territoire, des algĂ©riens se reliaient au mouvement du monde, Ă un nouveau universel. Lacheraf commence alors lâhistoire, somptueuse, somptueuse quand elle est Ă©crite par lui, du passage de la phase de rĂ©sistance culturelle passive de notre sociĂ©tĂ© Ă lâintrusion coloniale Ă sa phase active. De Medouas Ă Cheikh Medjaoui (Medjawi dans le livre) et Ă la ThaâĂąlibiyya.   Entre lâĂ©poque de Medouas et celle des Cheikhs Ben SmaĂŻa ou Ibn Zekri, sâest reconstruit dans une quĂȘte longue et malaisĂ©e le rĂ©seau des veines et des artĂšres qui vont restituer Ă notre corps national les forces de son renouveau. Cette histoire sâĂ©crira par Lacheraf comme une histoire des livres.  Car pour voir se dĂ©velopper ce nationalisme algĂ©rien, il fallait bien  aller au dĂ©tail de ce qui faisait ses points de cristallisation, ses enracinements anciens, leur qualitĂ© intellectuelle. Il ne suffisait pas de lire nâimporte quoi pour prĂ©tendre Ă une culture. Dâautant que Lacheraf rĂ©pond explicitement au baathistes algĂ©riens qui ont eu, qui ont toujours, pour fondements de leur prĂ©tention, le raccourci, le simple raccourci dâune formule lapidaire de lâarabitĂ© de notre Nation. Le lecteur averti et un peu ĂągĂ© |
DES NOMS ET DES LIEUX : mémoires d'une Algérie oubliée : souvenirs d'enfance et de jeunesse [texte imprimé] / Lacheraf, Mostefa, Auteur . - ed 02 . - casbah edition, 2006 . - 349 p ; 24 cm. ISBN : 978-9961-64-153-8 Langues : Français ( fre)
| Index. décimale : |
965 Algérie |
| Résumé : |
Si Ahmed Medouas comme Si ElâAzzzouzi vivront deux miracles. Le premier est dâavoir Ă©chappĂ© Ă la mort lors dâune crue dâoued dĂ©vastatrice. Le deuxiĂšme est dâĂȘtre revenus de leur temps des annĂ©es vingt du vingtiĂšme siĂšcle, dans «Des noms et des lieux », certainement le livre, de plus grand investissement philosophique de Mostefa Lacheraf,  pourtant maĂźtre en la matiĂšre. Medouas remplace dans la ville de Sidi AĂŻssa, deux vieux enseignants de lâĂ©cole coranique configurĂ©s dans lâancienne pĂ©dagogie de la sanction physique, Il compte juste quelques annĂ©es de plus que ses Ă©lĂšves, et il ramĂšnera une mĂ©thode de lâattention bienveillante Ă lâendroit de ses Ă©lĂšves et de la stimulation par la communication et la curiositĂ©. La plus grande nouveautĂ© reste, cependant, sa soif de la lecture des revues, des livres, des opuscules, des fascicules, un peu anciens, dĂ©jĂ lus et remis en vente ou juste remisĂ©s. Lacheraf utilise lâexpression heureuse, la trouvaille de friperie du livre, pour caractĂ©riser le commerce de Si ElâAzzzouzi. Câest lui, prĂ©cisĂ©ment, qui les ramĂšne dâAlger et les vend le long de son parcours vers ces contrĂ©es aux portes du sud algĂ©rien. Mais comment pouvait-il vivre du colportage des livres usagĂ©s dans ces steppes, quel rapport financier lui permettait de payer les voyages, lâhĂ©bergement, quel poids du papier pouvait-il porter, quels lecteurs passionnĂ©s et avertis pouvaient lâattendre, quâen retirait-il comme moyen de subsistance et dâoĂč tenait-il ce mĂ©tier de libraire itinĂ©rant ? Il fallait bien quâil existe des lecteurs dans cette AlgĂ©rie colonisĂ©e, affaiblie par des dĂ©cennies de rĂ©sistance, saignĂ©e par la mort de ses tolbas morts au combat, de ses Ă©lites exilĂ©es. Il fallait surtout que dans notre pays et notre sociĂ©tĂ©, soient demeurĂ©s des intellectuels, des lettrĂ©s, des personnes vivant directement dâune fonction de savoir ou Ă sa proximitĂ© pour que perdure la lecture, la recherche du livre ? Et que cette vie intellectuelle soit liĂ©e Ă la sociĂ©tĂ© algĂ©rienne elle-mĂȘme, dans ce quâelle a pu prĂ©server de ses structures, face au dĂ©sastre destructeur du colonialisme. Si cette demande de livres et revues en langue arabe permettait ce commerce dans ces zones rurales, quâen Ă©tait-il des villes, des grandes villes oĂč se sont maintenues les institutions culturelles, mĂ©dersas et zaouĂŻas et un corps important de savants et lettrĂ©s ?  Si ElâAzzzouzi survivait à peine de ce travail de dĂ©marchage de la culture. Le lecteur peut donc imaginer quâen compensation de cette vie de pauvretĂ©, il faillait quây soit liĂ©e une importante gratification, celle de la reconnaissance sociale. Medouas et Si ElâAzzzouzi, auxquels Lacheraf voue une tendresse manifeste, deviennent dans son Ă©criture des personnages au sens de la littĂ©rature, c'est-Ă -dire de reprĂ©sentants esthĂ©tiquement vĂ©ridiques  dâune Ă©poque et des catĂ©gories et groupes sociaux.  Si ElâAzzzouzi est lâartĂ©riole ou la veinule qui continue Ă amener du sang au cĆur de notre AlgĂ©rie profonde bien que le colonialisme nous ait dĂ©jĂ infligĂ© la grande blessure par laquelle sâest provoquĂ© lâhĂ©morragie de nos forces culturelles, scientifiques, sociales ou Ă©conomiques. Un cĆur bat encore dans ces steppes, tout entier peut-ĂȘtre restituĂ© dans cette confidence faite Ă Lacheraf par son pĂšre, magistrat des tribunaux de droit musulman que son grand-pĂšre est nĂ© sur les lieux dâune des batailles de lâinsurrection de 1971. Medouas devient une figure nouvelle qui apparaĂźt comme un bourgeon dâhiver, un type dâintellectuel nouveau mais inaccompli dans les conditions de ces annĂ©es dâentre les deux guerres mondiales, assoiffĂ© des nouvelles du monde et des ces nouveautĂ©s rapportĂ©es dans les revues. Tout se passe comme si, de nouveau, des endroits les plus isolĂ©s de leur territoire, des algĂ©riens se reliaient au mouvement du monde, Ă un nouveau universel. Lacheraf commence alors lâhistoire, somptueuse, somptueuse quand elle est Ă©crite par lui, du passage de la phase de rĂ©sistance culturelle passive de notre sociĂ©tĂ© Ă lâintrusion coloniale Ă sa phase active. De Medouas Ă Cheikh Medjaoui (Medjawi dans le livre) et Ă la ThaâĂąlibiyya.   Entre lâĂ©poque de Medouas et celle des Cheikhs Ben SmaĂŻa ou Ibn Zekri, sâest reconstruit dans une quĂȘte longue et malaisĂ©e le rĂ©seau des veines et des artĂšres qui vont restituer Ă notre corps national les forces de son renouveau. Cette histoire sâĂ©crira par Lacheraf comme une histoire des livres.  Car pour voir se dĂ©velopper ce nationalisme algĂ©rien, il fallait bien  aller au dĂ©tail de ce qui faisait ses points de cristallisation, ses enracinements anciens, leur qualitĂ© intellectuelle. Il ne suffisait pas de lire nâimporte quoi pour prĂ©tendre Ă une culture. Dâautant que Lacheraf rĂ©pond explicitement au baathistes algĂ©riens qui ont eu, qui ont toujours, pour fondements de leur prĂ©tention, le raccourci, le simple raccourci dâune formule lapidaire de lâarabitĂ© de notre Nation. Le lecteur averti et un peu ĂągĂ© |
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