| Titre : |
UNE DROLE DE JUSTICE : LES MAGISTRATS DANS LA GUERRE D' ALGERIE |
| Type de document : |
texte imprimé |
| Auteurs : |
Thénault, Sylvie, Auteur |
| Editeur : |
EDIF |
| Année de publication : |
2000 |
| Importance : |
344 p. |
| Format : |
22 cm. |
| ISBN/ISSN/EAN : |
978-9947-984-13-0 |
| Langues : |
Français (fre) |
| Index. décimale : |
965 Algérie |
| Résumé : |
Lucide et sans faiblesse dans l'investigation historienne, précise dans son écriture épousant les fureurs de ce temps (arrestations et exécutions, instructions et détentions), le travail de Sylvie Thénault dresse un constat accablant. Jusque dans leur langage, les magistrats adoptent une posture guerrière. Elle cite ainsi une circulaire du procureur général d'Oran qui s'adresse aux juges d'instruction de la sorte : "S'il vous arrive d'aventure d'estimer trop lourde votre surcharge de travail, pensez à nos soldats magnifiques dont quelques-uns tombent chaque jour en opérations de pacification et vous conclurez qu'à tout prendre votre part est peut-être la meilleure." Tout un arsenal juridique se met en place qui doit tout à la guerre en train de se faire et plus grand-chose aux garanties d'un Etat de droit : textes sur l'assignation à résidence (véritable couverture à l'existence de camps comptant par milliers des détenus hors de toute inculpation), circulaires qui autorisent les exécutions sommaires et classent sans suite les plaintes qui pourraient être déposées, mise en place de tribunaux militaires. C'est bien la logique de guerre qui encadre le droit. On le voit bien sur la question de la torture, abordée ici avec intelligence. Jamais explicitement ordonnée dans des documents écrits, l'analyse de l'auteur permet de voir comment la pratique de la torture est encouragée par une partie de la hiérarchie militaire, et couverte par la justice de manière simple : inaction face aux inculpés qui se plaignent d'avoir subi des sévices, et rarissime sanction d soldats dont la responsabilité est pourtant clairement établie ... En s'appuyant sur une incroyable documentation, en particulier militaire, totalement inédite, Sylvie Thénault fait le tour de cet "enfer judiciaire" comme on fait le tour du propriétaire : sans rien omettre. Moins par acquis de conscience que poussée par une sérénité citoyenne-historienne.
De 1954 à 1962, au nom de la lutte contre la " subversion " du FLN, au nom du rattachement de l'Algérie à la France qui interdisait d'y appliquer le droit de la guerre et de considérer les nationalistes comme des combattants, la justice et son personnel prirent une part active à la guerre d'Algérie : instruction des affaires, condamnations par milliers infligées par les tribunaux correctionnels et militaires, rappel de magistrats sous les drapeaux, etc. Les seules condamnations à mort atteignirent les 1 500, dont près de 200 furent exécutées. Dans ce livre passionnant et très documenté, Sylvie Thénault montre que cette insertion de la justice dans un vaste système de répression la priva de fait de son droit de regard sur les arrestations, les gardes à vue, les détentions et les interrogatoires pratiqués par l'armée. S'appuyant sur des archives jusque-là inaccessibles de l'Armée de terre - instructions, directives, fiches de renseignements, etc. - et du ministère de la justice, notamment la correspondance entre les procureurs généraux d'Algérie et la Chancellerie parisienne, elle met au jour une justice amputée et réformée par les législations d'exception. Une " drôle de justice ", à l'image de la " drôle de guerre ", cette guerre qui n'en était pas vraiment une. Il est temps, aujourd'hui, que ce passé proche entre dans l'Histoire. Pour les magistrats qui l'ont vécue, appelés à jouer un rôle inédit, confrontés au partage de compétence avec la justice militaire et à la torture, la période reste douloureuse. C'est pour l'aborder sereinement, sans juger ni céder aux injonctions d'un " devoir de mémoire " culpabilisant, que l'auteur a écrit ce livre.
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UNE DROLE DE JUSTICE : LES MAGISTRATS DANS LA GUERRE D' ALGERIE [texte imprimé] / Thénault, Sylvie, Auteur . - EDIF, 2000 . - 344 p. ; 22 cm. ISBN : 978-9947-984-13-0 Langues : Français ( fre)
| Index. décimale : |
965 Algérie |
| Résumé : |
Lucide et sans faiblesse dans l'investigation historienne, précise dans son écriture épousant les fureurs de ce temps (arrestations et exécutions, instructions et détentions), le travail de Sylvie Thénault dresse un constat accablant. Jusque dans leur langage, les magistrats adoptent une posture guerrière. Elle cite ainsi une circulaire du procureur général d'Oran qui s'adresse aux juges d'instruction de la sorte : "S'il vous arrive d'aventure d'estimer trop lourde votre surcharge de travail, pensez à nos soldats magnifiques dont quelques-uns tombent chaque jour en opérations de pacification et vous conclurez qu'à tout prendre votre part est peut-être la meilleure." Tout un arsenal juridique se met en place qui doit tout à la guerre en train de se faire et plus grand-chose aux garanties d'un Etat de droit : textes sur l'assignation à résidence (véritable couverture à l'existence de camps comptant par milliers des détenus hors de toute inculpation), circulaires qui autorisent les exécutions sommaires et classent sans suite les plaintes qui pourraient être déposées, mise en place de tribunaux militaires. C'est bien la logique de guerre qui encadre le droit. On le voit bien sur la question de la torture, abordée ici avec intelligence. Jamais explicitement ordonnée dans des documents écrits, l'analyse de l'auteur permet de voir comment la pratique de la torture est encouragée par une partie de la hiérarchie militaire, et couverte par la justice de manière simple : inaction face aux inculpés qui se plaignent d'avoir subi des sévices, et rarissime sanction d soldats dont la responsabilité est pourtant clairement établie ... En s'appuyant sur une incroyable documentation, en particulier militaire, totalement inédite, Sylvie Thénault fait le tour de cet "enfer judiciaire" comme on fait le tour du propriétaire : sans rien omettre. Moins par acquis de conscience que poussée par une sérénité citoyenne-historienne.
De 1954 à 1962, au nom de la lutte contre la " subversion " du FLN, au nom du rattachement de l'Algérie à la France qui interdisait d'y appliquer le droit de la guerre et de considérer les nationalistes comme des combattants, la justice et son personnel prirent une part active à la guerre d'Algérie : instruction des affaires, condamnations par milliers infligées par les tribunaux correctionnels et militaires, rappel de magistrats sous les drapeaux, etc. Les seules condamnations à mort atteignirent les 1 500, dont près de 200 furent exécutées. Dans ce livre passionnant et très documenté, Sylvie Thénault montre que cette insertion de la justice dans un vaste système de répression la priva de fait de son droit de regard sur les arrestations, les gardes à vue, les détentions et les interrogatoires pratiqués par l'armée. S'appuyant sur des archives jusque-là inaccessibles de l'Armée de terre - instructions, directives, fiches de renseignements, etc. - et du ministère de la justice, notamment la correspondance entre les procureurs généraux d'Algérie et la Chancellerie parisienne, elle met au jour une justice amputée et réformée par les législations d'exception. Une " drôle de justice ", à l'image de la " drôle de guerre ", cette guerre qui n'en était pas vraiment une. Il est temps, aujourd'hui, que ce passé proche entre dans l'Histoire. Pour les magistrats qui l'ont vécue, appelés à jouer un rôle inédit, confrontés au partage de compétence avec la justice militaire et à la torture, la période reste douloureuse. C'est pour l'aborder sereinement, sans juger ni céder aux injonctions d'un " devoir de mémoire " culpabilisant, que l'auteur a écrit ce livre.
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